L’indice de réparabilité ouvre la voie à une nouvelle ère pour les designers

L’indice de réparabilité ouvre la voie à une nouvelle ère pour les designers

Ça y est, après plusieurs tentatives de réparation sur ma pauvre petite machine à café, celle-ci a rendu l’âme. Se pose alors une question des plus stratégiques : réparation ou achat de neuf ? Dans les chiffres, la benne constitue notre premier choix, la réparation et le recyclage arrivant loin derrière. Pourtant, depuis quelques semaines, un article de loi instaure une nouvelle pastille colorée sur certains articles d’électroménager et de téléphonie mobile.

De quoi s’agit-il ?

Pour cinq catégories de produits (lave-linges, téléviseurs, smartphones, ordinateurs portables et tondeuses à gazon), une note indiquant la facilité avec laquelle le consommateur pourra réparer lui-même son appareil, ou le faire réparer, est attribuée.

Or, rendre possible la réparabilité d’un produit implique différents impératifs. D’abord, une documentation compréhensible et accessible à tous et des pièces de rechange disponibles à coût abordable. Et surtout, l’appareil, pour être réparable, doit être démontable.

Ce plan d’action permet à la fois de donner aux utilisateurs une information éclairée sur le cycle de vie de leur produit, et de contraindre les fabricants à revoir leurs modèles économiques, dans lesquels, jusqu’à présent, la priorité était souvent donnée aux produits neufs. 

Le nouvel enjeu de l’économie circulaire

Le marché de l’électroménager français est très important : 15 millions d’appareils de gros électroménager vendus chaque année, et 46 millions pour le petit électro. Important aussi en terme de déchets : 20 kg de déchets électroménagers chaque année, soit l’équivalent de 147 Tour Eiffel. Et si les nouvelles tendances d’achat se portent vers le reconditionné, aujourd’hui seuls 40 % des appareils électriques en panne sont réparés en France. Un tiers de ces appareils, quant à eux, sont déclarés non-réparables.

D’un côté, les acteurs du marché auront à faire preuve d’efficacité sur le cycle de vie de leurs produits, afin de garder un bon indice et fidéliser leur clientèle. De l’autre, nous, consommateurs, pourrons orienter nos achats en fonction de la réparabilité et de la durée de vie de l’objet. 

Quels effets pour les designers ?

En tant que designers, nous nous trouvons aujourd’hui face à un changement de paradigme assez fondamental. Nos modèles linéaires de produire/utiliser/jeter doivent être remplacés par des solutions efficaces, pérennes, et donc bien plus engageantes.

Nous avons pour mission première de rendre claire la vision systémique et la transmettre, afin de l’inscrire avec force dans nos modes de conception et de production. D’où la nécessité d’impliquer les designers dans les décisions stratégiques. En effet, notre premier enjeu est de convaincre et d’engager nos parties prenantes, nos collaborateurs, mais aussi les décisionnaires dans cet objectif commun du modèle circulaire. Souvent, il s’agit de permettre la rencontre de différents corps de métiers et d’encourager le partage d’informations, pour qu’émergent les décisions fondamentales et l’innovation. Les ateliers de co-construction sont à ce titre très efficaces pour établir une vision unifiée et la communiquer à l’ensemble des acteurs du projet.

En second lieu, ce type de nouvelles règles incite à repenser profondément les processus de conception à la base d’un produit ou d’un service. S’inscrire dans le modèle de l’économie circulaire implique de comprendre comment nos productions s’intègrent dans une vue d’ensemble pour mieux définir par quels moyens les réparer, les recycler, les réutiliser. Cela doit être le fondement des phases de conception ; d’où la nécessité de travailler en amont de la conception sur une vision circulaire, pour aborder la problématique environnementale et systémique au début des cycles d’itération.

L’approche design, à travers les processus de recherche, de création, de tests, d’itération et de prototype, est essentielle pour faire les choix structurants, tant environnementaux que business, développer des clés de compréhension et identifier les leviers de changement. Les méthodologies de co-construction à travers les canevas design dédiés (cartographie circulaire, boucles causales, roue systémiques) peuvent être un cadre très efficace pour aborder les systèmes et les expériences inhérentes dans leur ensemble.

Nous sommes face à de grands défis, mais ces grands défis génèrent une formidable source d’innovation et d’opportunités économiques, environnementales et sociales.

Cet indice est un grand pas pour le consommateur car il complète son pouvoir de décision et donne toute l’information nécessaire à une consommation plus maîtrisée, pour un nouveau modèle conciliant écologie, pouvoir d’achat et création d’emplois. 

Le sujet vous intéresse ? Nous animons un workshop le vendredi 28 mai à 9h à l’occasion du Change Now Summit, rejoignez-nous

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