Lean Kanban France 2015 : croisement de points de vue

L’édition 2015 de la conférence Lean Kanban France, c’est la rencontre avec des orateurs remarquables de l’Agilité où tous les points de vue se confrontent.

Il ne s’agissait pas uniquement d’échanger autour d’informatique, de projets, de « flow », de stories (etc.) mais bien de :

  • Comparer la transformation Agile à des ronds-points comme l’a fait Karl Scotland ;
  • Mettre en place du travail collaboratif grâce à des outils d’agilistes, de comédiens ou d’animateur de colonies de vacances comme nous le présente Mélanie Poulain ;
  • Transformer un porte-avions en multiples speed-boats autonomes en faisant vivre des valeurs fortes comme l’explique Alexandre Gérard.

Quel est le point commun entre toutes ces conférences ? Peut-être l’émergence de modes d’organisation humains plus adaptés pour gérer la complexité.

Les ronds-points agiles de Karl SCOTLAND

La keynote de Karl Scotlanda un objectif clair : nous vendre une n-ième idée géniale pour réussir une transformation Agile. En l’occurrence, il s’agit de déployer Kanban à grande échelle en utilisant l’outil « X-Matrix » proposé par Hoshi Kanri. Selon Scotland, l’outil ne doit pas être manié avec rigidité puisqu’il sert avant tout à explorer, visualiser et communiquer les éléments d’un système Kanban. Plus que l’outil en lui-même, ce sont les échanges ayant lieu autour de l’outil qui ont de la valeur. En fait, plus que la présentation de « X-Matrix » (si vous souhaitez approfondir sur le sujet, je vous conseille de consultercet article, c’est cette posture qui fait l’originalité de son propos. Il propose de déployer la stratégie, plutôt que les tactiques. Par exemple, pour lui, l’Agilité c’est de la stratégie et dans la même idée : « Agile », avec un grand “a”, représente une tactique.

« Agility is a strategy, Agile is a tactic. »

Il s’avère plus efficace de donner une direction plutôt que de détailler la marche à suivre. En effet, des « contraintes restrictives » qui imposent ce qui ne doit pas être fait, sont comme un exosquelette et freinent donc la croissance. A l’inverse des « contraintes autorisantes » (enabling constraints) semblables à un squelette interne, permettent de rester cohérent tout en poursuivant librement la croissance. Il prend alors pour exemple une analogie avec le monde vivant qui est simple et puissante. La croissance des crustacés est contrainte par leur exosquelette : une dangereuse mue est nécessaire pour grandir. C’est pourquoi Karl Scotland recommande de chercher dans chaque organisation le système d’exploitation le plus adapté. Il ne faut surtout pas copier des modèles ou même des tactiques comme par exemple le « modèle Spotify ». Pour illustrer sa théorie, Karl nous conseille de ne pas reproduire les exploits des plus grands coureurs, même si on aime passionnément courir. Il citera notamment Mo Farah, champion du monde de 5000 mètres qui réussit à augmenter sa vitesse progressivement lors d’un entraînement en altitude.

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En clair, si vous êtes un chat tigré, ne vous prenez pas pour un jaguar ! Cette théorie des « contraintes autorisantes » est bien jolie  mais fonctionne-t-elle vraiment ? Karl Scotland prend alors, pour exemple la disparition des feux tricolores : est-ce pour autant une source de chaos ? Non, au contraire. Les « magic roundabouts » sont des ronds-points « à l’anglaise » à l’intérieur desquels on retrouve de petits giratoires. Voici le rond-point magique de Swindon en Angleterre :

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Considéré comme le plus effrayant du pays, il est aussi le plus sûr et celui qui offre le meilleur débit de circulation. Cette métaphore présente de multiples points communs avec l’IT, notamment sa capacité à augmenter le débit global du flux en réduisant le débit à l’entrée du processus. Je soulignerai un petit bémol dans cette conférence, lors de sa reprise du manifeste Agile : ne manque-t-il pas un acteur plus qu’essentiel, l’humain ?! Pourquoi l’avoir retiré ?!

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Pourtant l’approche de Karl Scotland semble bien intégrer la composante humaine quand il fait travailler ensemble chez Rally Software toutes les catégories de collaborateurs et les clients. De même quand il réinvente la définition du mot « fail » (échouer), en faisant un acronyme : « First Attempt In Learning » (première tentative d’apprentissage).

Les outils de facilitation de Mélanie POULAIN

Une autre conférence marque le croisement des expériences et des points de vue. Mélanie Poulain intervient gratuitement en tant que facilitatrice interne auprès des diverses entités de l’entreprise. Elle commence son parcours avec une mission peu engageante : la performance par les processus.

Contexte :

L’entreprise dans laquelle elle intervient, souffre. Un cabinet mène alors une étude anthropologique et démontre que celle-ci dégage une image rigide, repliée sur elle-même et peu entreprenante.

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Les dirigeants ont réuni le personnel pour annoncer une réorientation stratégique majeure. La mission de Mélanie change : « Aidez-nous à mieux travailler ensemble ». « Un CODIR qui dit ça vous autorise implicitement à échouer », rappelle Mélanie. Cela n’est pas si fréquent, d’autant qu’on lui donne les moyens de son action.

Quels outils utilise-t-elle ?

Alors que c’est encore délicat parfois de parler de « jeux sérieux », elle pioche carrément dans les astuces des colonies de vacances et organise des jeux originaux pendant la pause déjeuner. Les places sont limitées… et rapidement prises d’assaut !  Les réunions facilitées se multiplient et les pratiques se reproduisent indépendamment de son action. Lorsqu’elle présente les outils utilisés lors de ses réunions, on peut faire le lien avec les pratiques Agiles. Planning poker, dotvoting, marshmallow challenge, rétrospective en étoile, speed-boat : un vrai manuel du parfait Agiliste.

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Les speed boats d’Alexandre GERARD

Si toutefois, vous avez déjà vu le reportage « Le bonheur au travail» diffusé sur Arte en février 2015, vous avez alors entendu parler d’Alexandre Gérard. Sa conférence porte un message enthousiaste « Et si les entreprises libérées pouvaient changer le monde ». Nous ne nous prononcerons pas sur son pari : « Dans 5 ans, le mouvement des entreprises libérées aura fait basculer le monde économique ». Ce qui nous intéresse ici, c’est la convergence de résultats et d’analyse. Nous accompagnons des entreprises dans leur transformation Agile.

Alexandre Gerard

Alors que son entreprise était confrontée à une grave crise en 2009, Alexandre décida de transformer radicalement le mode de fonctionnement de celle-ci. Il nous confie : « Pendant 15 ans, j’ai géré la boîte pour les 3% » c’est à dire pour les individus qui ne jouent pas le jeu. Il abandonnera à cette époque une croyance selon laquelle les individus n’aiment pas travailler. Ce qui le conduit à donner à ses employés une très grande autonomie. Il  explique comment les responsables locaux sont élus sans candidat et comment les entités régionales décident de leur budget souverainement. Et bien entendu, ce qui résonne à nos oreilles c’est quelque chose comme « Réalisez les projets avec des personnes motivées. Fournissez-leur l’environnement et le soutien dont ils ont besoin et faites-leur confiance pour atteindre les objectifs fixés. » Alors que son entreprise avait les pires difficultés à affronter la tempête, tel un puissant porte-avions difficile à manœuvrer, il laisse émerger une organisation fortement décentralisée. Désormais, elle se compose de « speed-boats » agissant et décidant localement dans une large autonomie.

Encore une fois, on dirait un conférencier d’événement Agile ou un consultant spécialisé dans la transformation dite Agile. Quel est son rôle dans l’organisation alors ? « J’ai un rôle de gardien des libertés et des valeurs, de la culture », nous dit Alexandre Gérard. Tout comme Karl Scotland, il porte la stratégie, laissant la tactique à plus compétents que lui : ceux qui sont au contact direct des difficultés du terrain.

La performance comme cible, l’Agilité comme moyen

Trois conférences qui, décidément, marquent une ouverture importante. Trois conférences qui témoignent, chacune à leur manière, de tentatives pour rester performant alors que tout change à un rythme effréné. Chacune à leur manière fait écho aux principes, aux valeurs et aux outils de l’agilité. Une manière de  nous rappeler que « Agile » est bien plus qu’une boîte à outils pour informaticiens et que l’Agilité est la vraie cible. L’Agilité est cette capacité à s’adapter, à innover, à être performant dans un environnement complexe, changeant, riche en rupture.

Lean Kanban France 2015 ne se résume pas à ces trois conférences bien entendu. Restez connecté sur notre blog pour découvrir nos prochains articles à ce sujet !

 

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Philippe BRIERE
Philippe BRIERE

Fort de 15 ans d'expérience en pilotage de programmes IT au sein d'organisations très différentes, Philippe a dirigé un programme de refonte SI majeur pour la Marine Nationale avec une centaine de parties prenantes et des contraintes organisationnelles fortes. Manager-Coach affirmé, il est également intervenu dans la conception de projets Web avec des incertitudes très fortes sur le produit. Cette diversité d'expériences couplée à ses connaissances en termes d’Agilité et d’animation d’ateliers de type Innovation Games le rendent aujourd'hui très pertinent sur des rôles de Facilitateur, Coach Agile et Directeur de Projet.

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